France : Le tabac coûte à la société bien plus cher que les taxes qu'ils rapportent

En France, le tabac coûte chaque année à la société 156 milliards d’euros, et l’alcool à 102 milliards d’euros, selon les calculs de l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives.
Des chiffres bien loin des recettes engrangées par l’Etat avec les taxes.
L’étude de l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives bat en brèche une idée reçue : non, les drogues légales comme le tabac et l’alcool ne rapportent pas de bénéfice à l'État. Cette affirmation est "infondée", écrit Pierre Kopp, l’auteur de la note publiée ce mardi 2 août et professeur d'économie à l'université Paris 1 Panthéon Sorbonne.
Il livre un calcul complexe, une autre manière d'appréhender l'ordre de grandeur de la consommation de drogues, de tabac et d'alcool dans les pays, hors du champ des chiffres des forces de l'ordre : interpellations, saisies, condamnations. Dans son étude, l’avocat au barreau de Paris "mesure le coût monétaire des conséquences de la consommation et du trafic des drogues légales (alcool et tabac) et illégales durant une année".
Ce coût "social" prend en compte la valeur économique des vies humaines perdues, la perte de la qualité de vie des malades d’un cancer lié à la consommation de ces drogues et des pertes de production pour les entreprises. Le coût pour les finances publiques est aussi calculé, il comprend les dépenses de prévention, de répression et de soins. Une déduction est faite : avec les économies sur les retraites non versées et l'argent récolté grâce aux taxes prélevées sur l’alcool et le tabac.
Différents facteurs pris en compte dans le calcul
En 2019, le tabac a fait 73.189 morts, l’alcool 41.080 morts, et les drogues illégales ont provoqué 1.230 décès. Selon les estimations de Pierre Kopp, la tabac a couté cette année-là 156 milliards d’euros à la société, l’alcool à 102 milliards d’euros, les drogues illicites 7,7 milliards.
"L’idée que les drogues comme le tabac et l’alcool apporteraient à l’État des bénéfices est donc infondée", écrit Pierre Kopp. Il a comparé les recettes de taxation de l’alcool (quatre milliards d’euros) et du tabac (13 milliards) et constaté qu’elles étaient inférieures au coût des traitements des maladies liés à ces drogues. "Le déficit public engendré par l’alcool et le tabac est donc respectivement de 3,3 milliards et de 1,7 milliard, et de 2 milliards d’euros pour les drogues illicites", précise la note de l’OFDT.
"Le message est assez clair", prolonge Pierre Kopp au micro de France Inter. "L’alcool, le tabac, coûtent énormément à la société, il faut réguler la consommation et diminuer le coût pour la collectivité. Notamment pour le tabac, mais également l’alcool, avec une augmentation des prix pour diminuer la consommation et surtout l’interdiction de la publicité."
Le nombre de décès liés à l'alcool et au tabac baisse
Un autre point attire l’attention dans cette étude : le nombre de décès causés par l'alcool (-16%), le tabac (-7%) et les drogues illicites (-23%) entre 2010 et 2019. Selon l’OFDT, ces chiffres orientés à la baisse donnent "des signes encourageants" à une politique publique "qui a permis de réduire nettement la consommation de tabac, d’améliorer la prise en charge des usagers de drogues illicites et à renforcer (plus modestement) la prise en compte des dangers de l’alcool".